En dépit du Covid-19, l’économie égyptienne tient bon

Hanaa Khachaba Mardi 23 Juin 2020-11:46:51 Chronique et Analyse
Grâce aux réformes économiques, l'économie égyptienne au top des économies de la région
Grâce aux réformes économiques, l'économie égyptienne au top des économies de la région

Tout comme le reste du monde, l’Egypte a subi de plein fouet le revers économique de la pandémie de Covid-19. Un sondage révèle cependant l’optimisme des Egyptiens pour leur économie dans les mois à venir. Une perception fondée notamment sur la stratégie du gouvernement face aux difficultés des secteurs clés et des entreprises. S’ajoutent au sondage, des opinions d’experts économiques tant sur le plan local qu’international, sans oublier les louanges des grandes instances financières mondiales…

 

 

 

Les conséquences de la crise du coronavirus pourraient se prolonger, et la crise économique qui se profile pourrait même être encore plus dévastatrice que le virus lui-même. Un peu partout dans le monde, la crise sanitaire liée à la maladie Covid-19 commence à se résorber, très progressivement. Le nombre de personnes hospitalisées diminue, ainsi que le nombre de cas graves ou en réanimation. De ce fait, progressivement, le déconfinement s’opère.

Mais les mesures mises en place pour lutter contre le coronavirus ont durablement fragilisé les systèmes économiques dans de nombreux pays. La crise économique qui s’annonce pourrait toucher des millions de personnes, et avoir, elle aussi de graves conséquences sanitaires. Certaines analyses laissent même penser que les conséquences sanitaires de la crise économique pourraient être plus graves que celles de la maladie Covid-19. 

L’exception égyptienne en matière de prospective économique est rapidement remarquable dans le tout premier sondage mené à l’échelle continentale sur la perception de la pandémie. 44% des Egyptiens pensent que leur économie s’améliorera dans les mois à venir, tandis que 28% s'attendent à une dégradation et 28% au statu quo, indique le rapport récemment publié par le cabinet Deloitte, l’institut de sondage OpinionWay et l’agence conseil 35Nord et intitulé « Les opinions publiques africaines face à la crise du Covid-19 ».

Cet optimisme égyptien ne s’observe pas du tout dans les autres pays couverts par ce sondage. « Avant que la pandémie n’éclate, l’Egypte avait de bonnes prévisions de croissance, se situant au-delà des 5%, grâce à d’importantes réformes structurelles menées pour stabiliser l’économie depuis 2016 et le boom du secteur de la construction. Depuis plusieurs années, l’Egypte fait également partie des pays africains les plus attractifs en termes d’IDE », commente Brice Chasles, Managing Partner Afrique francophone chez Deloitte. 

L’Egypte est pourtant le pays d’Afrique le plus mortellement touché par la pandémie et le deuxième pays le plus contaminé après l’Afrique du Sud avec 35.444 cas, comptant toutefois plus de 9.000 guérisons. Le rapatriement de ses ressortissants bloqués à l’étranger depuis des mois se poursuit, poussant quotidiennement vers le haut la barre des cas testés positifs. Une situation qui, comme partout ailleurs dans le monde, porte un sérieux coup à l’économie, mais que de nombreux Egyptiens estiment gérable, selon le sondage. « Même si le pays est aujourd’hui fortement touché par la pandémie, le gouvernement égyptien a annoncé début avril dernier un plan de 6,3 milliards de dollars pour soutenir l’économie et a bénéficié rapidement de l’appui des bailleurs internationaux comme la Banque Mondiale (BM) et le Fonds monétaire international (FMI) », analyse Brice Chasles. « L’activisme et l’engagement des pouvoirs publics, ajoute-t-il, ont donc probablement contribué à rassurer les Egyptiens sur les conséquences économiques de la crise ». 

Les entreprises égyptiennes, notamment celles opérant dans le commerce international et le tourisme, ont été les premières du continent à signifier leur inquiétude pour leur business dès les premiers signaux de la pandémie sur le continent. Et très rapidement, les activités ont été paralysées au gré de l’évolution de la crise sanitaire dans le monde. 

Outre le plan de riposte national, le gouvernement égyptien a pris plusieurs mesures pour amortir le choc économique dont un confinement souple, permettant aux commerces et industries de fonctionner pendant la journée, le déblocage de 100 milliards de LE (soit plus de 6 milliards de dollars), sous formes de prêts de garantie au bénéfice des entreprises…

Certes la pandémie place l’Egypte face à de nombreux défis économiques – d’autant que celle-ci est survenue au moment où le pays sortait peu à peu la tête de l’eau – mais Ahmad Galal Ismaïl, CEO de Majid Al-Futtaim Properties, estime que le pays dispose d’atouts pour rapidement rebondir, grâce justement aux réformes menées avant la crise. Dans une analyse publiée par le World Economic Forum, ce patron égyptien basé à Dubaï identifie trois pistes clés pour un rebond rapide post-Covid de l’Egypte : le pari sur l’investissement pointu dans les infrastructures pour étendre les réseaux de transports, moderniser les réseaux électriques et améliorer notamment l’approvisionnement en eau à travers le pays ; le rééquilibrage et le renouvellement des systèmes de chaînes d’approvisionnement dont les limites se sont rendues évidentes par la pandémie ; le pari sur l’externalisation des processus d’affaires en Egypte pour tirer parti de la main-d’œuvre jeune, technologiquement avertie et bien éduquée. 

De son côté, le gouvernement – qui bénéficie de la confiance de la population égyptienne pour résoudre cette crise – poursuit la mobilisation de fonds pour sa riposte économique et son soutien aux entreprises. Le ministre des Finances avait annoncé, il y a quelque temps, la conclusion d’un accord avec le FMI pour une ligne de crédit de 5,2 milliards de dollars. Cette enveloppe s’ajoute aux 2,7 milliards de dollars d’aide financière d’urgence déjà pourvus par l’institution mondiale et les récents 50 millions de dollars de la Banque Mondiale. Et ce, sans parler des financements mobilisés par les banques locales auprès d’autres institutions comme la Banque européenne pour la reconstruction et le développement (BERD). 

« L’économie égyptienne sera au top des économies du Proche-Orient et de l’Afrique du Nord, en 2022, en termes de taux de croissance », a effectivement signalé la Banque Mondiale qui a prévu une grave récession dans les pays de la région en raison des conséquences de la crise sanitaire du Covid-19. 

Dans son rapport « Les horizons économiques mondiaux », la BM a attribué cette croissance aux réformes économiques structurelles menées par le gouvernement depuis 2016 ; ces réformes qui ont contribué à davantage de progression économique à moyen terme. 

Selon la BM, le gouvernement est arrivé à contenir le taux d’inflation, ce qui a permis à la Banque Centrale d’Egypte de baisser le taux d’intérêt dans le cadre des mesures prises pour amortir les conséquences de la crise sanitaire du coronavirus.

De fait, le ministre égyptien des Finances, Mohamed Maït, a prévu un taux de croissance de 4% pour l’exercice financier actuel en raison de la pandémie de Covid-19, notant que cette crise sanitaire a réduit le PIB d’environ 130 milliards de LE. 

Selon l’agence de notation Fitch, l’économie égyptienne continuera sa progression pour afficher ainsi le taux de croissance le plus élevé dans la région en 2020 malgré la crise du coronavirus, a indiqué le Professeur d’économie dans la cité de la Culture et des Sciences, Ali Al-Idrissi qui a affirmé que le taux de croissance de 4,1% démontre la résilience de l’économie égyptienne face aux chocs grâce aux réformes structurelles menées par le gouvernement égyptien. 

L’expert économique a expliqué que parmi les raisons de la résistance de l’économie égyptienne en dépit de la pandémie de Covid-19, la rapidité et l’anticipation des décisions du gouvernement égyptien sur fond de l’évolution de la maladie. Il a cité, entre autres, la réduction du prix de l’énergie et du gaz naturel au profit du secteur industriel, la réduction des cours de l’électricité et la remise des échéances des prêts pour six mois sans pénalités de retard, le déblocage de 20 milliards de LE à la Bourse, sans parler de l’attention particulière portée au secteur de la santé qui s’est concrétisée via les initiatives lancées par « 100 millions de santé ».

Samir Raouf, un expert économique égyptien, a affirmé que la conjoncture économique en Egypte se porte très bien, saluant ses avancées durant les trois dernières années suite aux réformes économiques. « La note créancière B2 de l’Egypte, est une attestation de confiance dans l’économie égyptienne », a relevé Raouf, assurant que cette attestation n’est pas la première du genre. C’est que la BM et le FMI avaient tous deux parlé de taux de croissance frôlant 4,2% avec une vision prospective stable malgré la récession mondiale provoquée par la pandémie. Et de renchérir que malgré la fermeture partielle de certaines activités, d’autres secteurs solides et résistants continuent à opérer dans le pays afin d’amortir dans la mesure du possible le saignement économique d’autres secteurs fortement secoués par la crise sanitaire.

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